Alfred de Musset (1810-1857)  » A LAURE  » et « A JUANA « 

L A U RE

Alfred de Musset (1810-1857)

Titre : À Laure

Poète : Alfred de Musset (1810-1857)

Recueil : Premières poésies (1829).

Si tu ne m’aimais pas, dis-moi, fille insensée,
Que balbutiais-tu dans ces fatales nuits ?
Exerçais-tu ta langue à railler ta pensée ?
Que voulaient donc ces pleurs, cette gorge oppressée,
Ces sanglots et ces cris ?

Ah ! si le plaisir seul t’arrachait ces tendresses,
Si ce n’était que lui qu’en triste moment
Sur mes lèvres en feu tu couvrais de caresses
Comme un unique amant ;

Si l’esprit et les sens, les baisers et les larmes,
Se tiennent par la main de ta bouche à ton cœur,
Et s’il te faut ainsi, pour y trouver des charmes,
Sur l’autel du plaisir profaner le bonheur :

Ah ! Laurette ! ah ! Laurette, idole de ma vie,
Si le sombre démon de tes nuits d’insomnie
Sans ce masque de feu ne saurait faire un pas,
Pourquoi l’évoquais-tu, si tu ne m’aimais pas ?

Alfred de Musset.

 


La Marquise

(1829)

ESP

 Mme_B

Vous connaissez que j’ai pour mie

Une Andalouse à l’oeil lutin,

Et sur mon coeur, tout endormie,

Je la berce jusqu’au matin.

 

Voyez-la, quand son bras m’enlace,

Comme le col d’un cygne blanc,

S’enivrer, oublieuse et lasse,

De quelque rêve nonchalant.

 

Gais chérubins ! veillez sur elle.

Planez, oiseau, sur votre nid ;

Dorez du reflet de votre aile

Son doux sommeil, que Dieu bénit !

 

Car toute chose nous convie

D’oublier tout, fors notre amour :

Nos plaisirs, d’oublier la vie ;

Nos rideaux, d’oublier le jour.

 

Pose ton souffle sur ma bouche,

Que ton âme y vienne passer !

Oh ! restons ainsi dans ma couche,

Jusqu’à l’heure de trépasser !

 

Restons ! L’étoile vagabonde

Dont les sages ont peur de loin

Peut-être, en emportant le monde,

Nous laissera dans notre coin.

 

Oh ! viens ! dans mon âme froissée

Qui saigne encor d’un mal bien grand,

Viens verser ta blanche pensée,

Comme un ruisseau dans un torrent !

 

Car sais-tu, seulement pour vivre,

Combien il m’a fallu pleurer ?

De cet ennui qui désenivre

Combien en mon coeur dévorer ?

 

Donne-moi, ma belle maîtresse,

Un beau baiser, car je te veux

Raconter ma longue détresse,

En caressant tes beaux cheveux.

 

Or voyez qui je suis ma mie,

Car je vous pardonne pourtant

De vous être hier endormie

Sur mes lèvres, en m’écoutant.

 

Pour ce, madame la marquise,

Dès qu’à la ville il fera noir,

De par le roi sera requise

De venir en notre manoir ;

 

Et sur mon coeur, tout endormie,

La bercerai jusqu’au matin,

Car on connaît que j’ai pour mie

Une Andalouse à l’oeil lutin.

 

Madame la Marquise

Poète : Alfred de Musset (1810-1857)

Recueil : Premières poésies (1829).

Ô ciel ! je vous revois, madame,
De tous les amours de mon âme
Vous le plus tendre et le premier.
Vous souvient-il de notre histoire ?
Moi, j’en ai gardé la mémoire :
C’était, je crois, l’été dernier.

Ah ! marquise, quand on y pense,
Ce temps qu’en folie on dépense,
Comme il nous échappe et nous fuit !
Sais-tu bien, ma vieille maîtresse,
Qu’à l’hiver, sans qu’il y paraisse,
J’aurai vingt ans, et toi dix-huit ?

Eh bien ! m’amour, sans flatterie,
Si ma rose est un peu pâlie,
Elle a conservé sa beauté.
Enfant ! jamais tête espagnole
Ne fut si belle, ni si folle.
Te souviens-tu de cet été ?

De nos soirs, de notre querelle ?
Tu me donnas, je me rappelle,
Ton collier d’or pour m’apaiser,
Et pendant trois nuits, que je meure,
Je m’éveillai tous les quarts d’heure,
Pour le voir et pour le baiser.

Et ta duègne, ô duègne damnée !
Et la diabolique journée
Où tu pensas faire mourir,
O ma perle d’Andalousie,
Ton vieux mari de jalousie,
Et ton jeune amant de plaisir !

Ah ! prenez-y garde, marquise,
Cet amour-là, quoi qu’on en dise,
Se retrouvera quelque jour.
Quand un coeur vous a contenue,
Juana, la place est devenue
Trop vaste pour un autre amour.

Mais que dis-je ? ainsi va le monde.
Comment lutterais-je avec l’onde
Dont les flots ne reculent pas ?
Ferme tes yeux, tes bras, ton âme ;
Adieu, ma vie, adieu, madame,
Ainsi va le monde ici-bas.

Le temps emporte sur son aile
Et le printemps et l’hirondelle,
Et la vie et les jours perdus ;
Tout s’en va comme la fumée,
L’espérance et la renommée,
Et moi qui vous ai tant aimée,
Et toi qui ne t’en souviens plus !

Alfred de Musset.

 


Archives pour la catégorie poesie

CHARLES BAUDELAIRE – A une passante -

 A une passante

 

 

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d’une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l’ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l’ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair… puis la nuit ! – Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité ?

Ailleurs, bien loin d’ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais !

 

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Francoise Hardy-  » Mon amie la rose « on est bien peu de chose et mon amie la rose me l’a dit ce matin….

Tu m’ad-mi-rais hi-er
Et je se-rai pous-sière
Pour tou-jours de-main.
On est bien peu de chose
Et mon a-mie la rose
Est mor-te ce ma-tin
Francoise Hardy- 2:14imgre
Pour-tant j’é-tais très belle
Oui j’é-tais la plus belle
Des fleurs de ton jar-din
paroles de
Mon amie la rose 1.
On est bien peu de chose
Et mon a-mie la rose
Me l’a dit ce ma-tin
À l’au-rore je suis née
Bap-ti-sée de ro-sée
Je me suis é-pa-nouie
Heu-reuse et a-mou-reuse
Aux ray-ons du so-leil
Me suis fer-mée la nuit
Me suis ré-veil-lée vieille
Pour-tant j’é-tais très belle
Oui j’é-tais la plus belle
Des fleurs de ton jar-din
. On est bien peu de chose
Et mon a-mie la rose
Me l’a dit ce ma-tin
Vois le Dieu qui m’a faite
Me fait cour-ber la tête
Et je sens que je tombe
Et je sens que je tombe

 

Mon coeur est pres-que nu
J’ai le pied dans la tombe
Dé-jà je ne suis plus
Tu m’ad-mi-rais hi-er
Et je se-rai pous-sière
Pour tou-jours de-main

3. On est bien peu de chose
Et mon a-mie la rose
Est mor-te ce ma-tin
La lu-ne cet-te nuit
A veil-lé mon a-mie
Moi en rê-ve j’ai vu
É-blou-is-sante et nue
Son â-me qui dan-sait
Bien au-de-là des nues
Et qui me sou-ri-ait
Croit ce-lui qui peut croire
Moi j’ai be-soin d’es-poir
Si-non je ne suis rien

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